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La fidélité au symtôme

Arnauld VISINET
il y a 1 jour
2 min de lecture

LES VISAGES DU CHANGEMENT #3


“À quoi êtes-vous prêt à renoncer pour aller mieux ?”


Il arrive qu’une question simple, posée en séance, produise un silence inhabituel. Pas le mutisme de celui qui cherche ses mots mais celui de quelqu’un qui vient de se heurter à quelque chose qu’il n’avait pas anticipé. Ce que le patient appelle son problème est souvent la solution qu’il a élaborée, un jour, face à quelque chose de plus menaçant encore. Pour lui, y renoncer n’est pas une évidence mais véritablement une perte.


C’est le paradoxe central de beaucoup de processus thérapeutiques : on souffre d’un symptôme et en même temps on s’y accroche. Non par mauvaise volonté ni par manque de lucidité mais parce que ce symptôme remplit une fonction : il organise, il protège, il évite quelque chose de plus difficile à affronter. Comprendre cette fonction est souvent plus utile que chercher à l’éliminer.


Un patient peut savoir avec précision ce qui lui coûte, nommer ce qu’il voudrait changer, et continuer pourtant à reproduire les mêmes schémas. Ce n’est pas un échec de la compréhension, plutôt le signe que quelque chose dans ce schéma lui est encore nécessaire, qu’il y a là une alliance, silencieuse et tenace, entre la souffrance et ce qu’elle préserve.


Cliniquement, cela suppose une forme de respect paradoxal pour le symptôme. Avant de proposer un chemin vers autre chose, il s’agit de comprendre son rôle, ce qu’il permet d’éviter, ce qu’il maintient et ce qu’il dit de l’histoire du patient. Forcer le renoncement sans avoir mesuré son coût, c’est risquer de priver le patient de ce qui, jusqu’ici, le tenait.


Ce n’est pas une injonction à l’immobilisme mais une invitation à la lenteur, à ne pas confondre la vitesse du changement avec sa profondeur. Le travail thérapeutique ne consiste pas à convaincre le patient d’abandonner ce qui le protège, mais à l’accompagner vers quelque chose qui le protège mieux.


La question reste ouverte, et elle se pose dans les deux sens : ce à quoi le patient est prêt à renoncer dit quelque chose de ce qu’il est prêt à recevoir. Ce que le thérapeute en perçoit - et ce qu’il manque peut-être - est une autre histoire.


¢ Hiroshi Sugimoto, Cinerama Dome, Hollywood, 1993
¢ Hiroshi Sugimoto, Cinerama Dome, Hollywood, 1993

 
 

Arnauld Visinet
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