PSYCHOLOGUE CLINICIEN
LES TCC ET AU-DELÀ
Comment je travaille
Mon approche s'appuie sur les thérapies comportementales et cognitives, enrichies au fil de la pratique d'une attention plus fine aux processus émotionnels et contextuels. Les thérapies dites de « troisième vague », auxquelles je me réfère aujourd'hui pour l'essentiel, s'intéressent moins à la modification des pensées qu'à ce qui les sous-tend : nos émotions, nos expériences implicites, le sens que nous leur donnons. C'est souvent dans l'écart entre ce qu'on vit et ce qu'on peut en dire que se loge la souffrance.
Une psychothérapie n'a pas pour objet de faire disparaître le stress, l'anxiété ou l'angoisse car ces émotions font partie de la vie. Elle vise à mieux les comprendre, à les apprivoiser, à avancer avec elles plutôt que contre elles.
Une rencontre avant tout
Au cœur de toute thérapie se trouve la qualité de la relation. Chaque séance doit être un espace de sécurité et de respect où la parole se libère sans crainte du jugement. Mais cette relation n'est pas seulement le cadre du travail : elle en est une dimension constitutive. La qualité de présence, la capacité à recevoir ce que l'autre apporte sans le réduire ni l'anticiper, c'est là que quelque chose commence à se transformer.
Pas cassé, coincé
Je pars d'un principe simple : un patient n'est pas cassé, il est coincé. La souffrance psychique ne traduit pas une défaillance mais un mode de fonctionnement devenu trop rigide pour les défis du présent. Le travail consiste à desserrer ces blocages, à comprendre d'où ils viennent et comment ils se maintiennent.
Des solutions devenues coûteuses
On arrive rarement en thérapie avec des problèmes, mais avec des solutions. Ces comportements, ces croyances, ces émotions ont été, à un moment de l'histoire, des tentatives valides de s'adapter ou de se protéger. Les symptômes n'ont rien d'irrationnel : ils racontent une manière de survivre.
D'où une question qui produit souvent un silence inhabituel en séance : à quoi êtes-vous prêt à renoncer pour aller mieux ? Ce qu'on appelle son problème est parfois ce qui organise, protège, évite quelque chose de plus menaçant encore. Y renoncer n'est pas une évidence, c'est une perte. Forcer ce renoncement sans en avoir mesuré le coût, ce serait priver quelqu'un de ce qui, jusqu'ici, le tenait debout. Le travail ne consiste pas à convaincre d'abandonner ce qui protège, mais à construire quelque chose qui protège mieux.
Le temps juste
Il n'existe pas de durée standard. Certains accompagnements sont brefs et ciblés, d'autres demandent du temps, selon la profondeur du travail engagé.
Ce n'est pas une question commerciale mais une question clinique. Trop tôt, une interprétation transforme une douleur en leçon, une violence douce. Trop tard, une position se fige et finit par occuper tout l'espace. Entre les deux, il existe un moment, rarement annoncé, souvent perceptible à des signes infimes, où quelque chose change dans le rapport au récit : on ne raconte plus son épreuve, on commence à l'observer. C'est là que le travail peut avancer sans forcer.
Savoir attendre ce moment sans le provoquer ni le manquer est sans doute la part la moins visible du métier.
Une exploration exigeante
Ce chemin demande un engagement réel, du patient comme du thérapeute. Il suppose d'accepter parfois l'inconfort, d'oser revisiter certaines expériences, d'accueillir ce qui se cache derrière les automatismes. Il arrive aussi qu'on ralentisse sans comprendre pourquoi, ou qu'on sabote au moment précis où quelque chose pourrait avancer. Ce n'est pas un échec : c'est le changement qui rencontre ce qu'il va coûter. Celui qu'on était, même souffrant, était une figure connue.
C'est dans cette traversée que peut s'ouvrir une autre façon d'habiter sa vie, plutôt que de la subir.
« Guérir » ne signifie ni oublier, ni effacer,
mais apprendre à se relever.