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Guérir, de quoi ?

Arnauld VISINET
il y a 1 jour
2 min de lecture

LES VISAGES DU CHANGEMENT #5


Guérir. On emploie ce mot sans trop y penser, en réduisant l’horizon de la psychothérapie à la disparition de ce qui fait mal — une douleur éteinte, un symptôme résorbé, un sujet rendu à lui-même, intact — comme si le travail clinique était une forme de restitution.


Mais guérir de quoi, exactement ? De la tristesse ? De la peur ? Du souvenir de ce qu’on a traversé ? Aucun suivi sérieux ne promet cela. Et quand il le promet, il ment ou propose autre chose qu’une thérapie. Ce qui se passe réellement dans un travail « qui tient » est autrement moins spectaculaire et plus profond. On n’efface pas, on apprend à se relever, ce qui n’est pas la même chose.


Se relever suppose qu’on est tombé, puis qu’on consent à ne pas rester à terre, sans pour autant prétendre que la chute n’a pas eu lieu. C’est un mouvement qui exige quelque chose de précis : accepter que ce qui a fait souffrir ne disparaîtra pas — et ne doit peut-être pas disparaître — , que la perte est réelle et que, même si la cicatrice reste,  vivre avec cela est possible, non par résignation mais par un patient travail sur ce qu’on est en train de devenir.


Changer, dans ce sens-là, a un coût. On l’a déjà dit mais il faut ajouter autre chose : cela fait peur, aussi, parce que changer c’est abandonner des schémas anciens qui, même douloureux, avaient leur logique, leur cohérence et leur façon de tenir le monde à distance. Aller vers de nouveaux modes d’être, c’est accepter une période d’entre-deux où l’on ne sait plus très bien qui on est. C’est un risque réel, pas uniquement métaphorique.


Il y a dans cette traversée un moment particulièrement déstabilisant : celui où l’on a lâché ce qu’on portait sans avoir encore trouvé comment se tenir autrement. On n’est plus tout à fait le même, pas encore quelqu’un de nouveau. Ce temps-là n’est pas un échec du processus mais le processus lui-même.


Les thérapies qui prennent le temps de s’installer - rarement de façon linéaire, souvent au-delà de ce qu’on avait prévu - permettent de voir se déposer cela : non pas un sujet débarrassé de sa souffrance mais un sujet qui s’est mis en mouvement, qui se comprend mieux et qui s’estime différemment. Un sujet qui projette, enfin, quelque chose dans l’avenir et qui, porté par une capacité d’agir retrouvée, commence à y aller.

Est-ce que c’est guérir ? Le mot résiste. Ce qui a changé, c’est le rapport à soi-même, à ce qu’on a traversé, à ce qui reste possible. Quelque chose s’est ouvert. Pas résolu mais ouvert.

C’est peut-être suffisant et c’est déjà beaucoup.


© Francesca Woodman, House #3, 1976
© Francesca Woodman, House #3, 1976

 
 

Arnauld Visinet
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