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Ce qui cherche à se dire

Arnauld VISINET
il y a 1 jour
2 min de lecture

LES VISAGES DU CHANGEMENT #2


“Pour qu’il y ait un vrai changement, le corps doit réaliser que le danger est passé et apprendre à vivre dans le présent.”

Bessel van der Kolk


Le symptôme n’est pas ce qui cloche mais ce qui parle. Cette distinction change tout à la manière dont on aborde la souffrance en consultation. Un symptôme qu’on cherche à faire taire au plus vite est un symptôme dont on n’a pas encore entendu ce qu’il avait à dire, ce qui, souvent, ne passe pas d’abord par les mots.


Van der Kolk l’a montré avec une précision clinique dérangeante : raconter ce qui s’est passé aide, mais ne suffit pas. Le corps a sa propre mémoire, plus ancienne et plus tenace que le récit. Un patient peut ainsi décrire avec calme un événement douloureux, comprendre son histoire, en parler avec distance, puis se retrouver soudainement submergé par une sensation physique qu’il ne sait pas nommer. Le corps se souvient d’une époque où les mots n’existaient pas encore. Des tensions chroniques, une vigilance qui ne se relâche jamais, des réactions disproportionnées à des situations anodines ne sont pas des anomalies mais des traces. Le corps continue de se protéger d’un danger qui, pour l’esprit, appartient au passé.


C’est là que réside l’un des malentendus les plus fréquents dans la culture thérapeutique contemporaine : confondre la disparition du symptôme avec la résolution de ce qu’il exprimait. Supprimer vite, c’est parfois interrompre une phrase au milieu.


Cliniquement, cela suppose un déplacement du regard. Non plus “comment faire cesser cela” mais “qu’est-ce que cela tente de dire, et à qui”. Le symptôme cesse alors d’être un obstacle au travail thérapeutique mais devient son point d’entrée le plus honnête. Il précède souvent la conscience que le patient a de sa propre souffrance car il sait, dans le corps, ce que l’esprit n’a pas encore formulé.


Ce n’est pas une invitation à laisser souffrir, plutôt une incitation à ne pas confondre soulagement et compréhension. Les deux sont nécessaires mais dans un ordre qui mérite attention.


Écouter le symptôme, c’est reconnaître que la souffrance a une logique, qu’elle n’est pas arbitraire et qu’avant d’être un problème à résoudre, elle est une réponse à quelque chose — souvent ancien — que le corps n’a pas encore appris à dater. La question qui peut ensuite se poser, dès lors que le patient a compris ce que le symptôme exprime et ce qu’il lui coûte, est celle de sa propension à s’y tenir, comme si y renoncer lui faisait perdre quelque chose.


¢ Sophie Ristelhueber, Fait, 1992
¢ Sophie Ristelhueber, Fait, 1992

 
 

Arnauld Visinet
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